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La Société japonaise de didactique du français (SJDF, 日本フランス語教育学会) est une association qui regroupe des professeurs de français langue étrangère de tous les niveaux éducatifs, au Japon. Elle œuvre pour la promotion de l’enseignement du français dans le système éducatif local et favorise la réflexion sur les pratiques pédagogiques des enseignants. Créée en 1970 sous le nom d’Association Japonaise des Professeurs de Français (AJPF), elle est devenue la SJDF en 1989.

Elle organise deux congrès annuels et publie également une revue scientifique à cette occasion. Ces congrès peuvent avoir lieu au Japon ou à l’étranger dans le cadre d’un partenariat international.

 

À la veille de la naissance de la SJDF

La constitution du champ des études françaises au sens large du terme remonte à 1946 au Japon, juste après la deuxième guerre mondiale, avec la création de la Société de la littérature française. Quelques années plus tard, les linguistes se sont rassemblés pour fonder la Société de la linguistique française en 1951. Ces deux Sociétés se sont regroupées ensuite en 1962 pour former la Société japonaise de langue et de littérature françaises (SJLLF) qui perdure jusqu’à nos jours.

Une nouvelle association, l’Association de linguistique française, a été créée ensuite pour répondre aux sollicitations de linguistes japonais qui souhaitaient disposer de leur propre revue spécialisée, et elle a changé de nom pour devenir la Société japonaise de linguistique française en 1990. La plupart des francisants au Japon ont l’habitude de désigner la SJLLF comme « la Société savante », avec l’idée qu’elle représente par excellence le cœur académique des études françaises. Cet habitus symbolise la légitimité de l’étude de la langue et de la littérature françaises, sans évoquer pour autant l’enseignement ou la didactique du français. « La Société savante » s’intéresse peu à l’enseignement du français puisque le dispositif académique n’intègre pas l’enseignement du français dans son champ tout en imposant la suprématie des études linguistiques et littéraires. La disqualification de l’enseignement du français s’explique par la hiérarchie académique implicite entre littérature, langue et enseignement. La première l’emporte sur la deuxième qui s’impose à son tour à la dernière (Disson 1996 ; Kato 1998).

La SJLLF ainsi que l’Ambassade de France au Japon ont organisé de 1963 jusqu’en 2006, un stage d’été avec le soutien du ministère japonais de l’éducation afin de perfectionner la compétence en français, surtout orale, des professeurs japonais de français, et de pouvoir ainsi envoyer une vingtaine de professeurs en France l’année suivante. Ce stage se tenait au Japon dans une station estivale pendant deux semaines, avec des formateurs uniquement français, ce qui devait permettre aux stagiaires de préparer le stage pédagogique pour l’année suivante. Le mois de stage pédagogique en France, tenu au BELC aussi bien qu’au CAVILAM, ou parfois ailleurs, était une occasion rare d’échanger avec des collègues d’autres pays et de découvrir la diversité de l’enseignement du français. Comme la majorité des professeurs au Japon présentent comme des spécialistes de littérature ou linguistique françaises, ils ont tendance à effectuer leur recherche à partir des études réalisées par les Français de métropole, sans s’intéresser de fait à la réalité de l’enseignement du français dans le monde.

 

Naissance de la FIPF et l’AJPF

C’est le 23 juillet 1969 que la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) est née à Paris en présence des délégués de vingt-six associations de professeurs de français du monde entier (Alexandre 1983), dont quatre professeurs japonais de français qui ont participé à l’Assemblée générale constitutive et au premier congrès de la FIPF. Cette volonté d’engagement dans la communauté internationale a été surtout le fait de Kobayashi Tadashi (1911-1975), professeur à l’université de Tokyo et spécialiste de Stendhal. C’est lui qui a invité la SJLLF à rejoindre la FIPF, soucieux d’être solidaire avec les enseignants-chercheurs du français dans le monde et pour la promotion d’une nouvelle méthodologie. Mais la réponse fut négative puisque la SJLLF a vocation à se consacrer, comme l’indiquent ses statuts, à la recherche sur la langue et la littérature françaises, sans intervenir directement sur l’enseignement du français (Tajima 2002). À l’appel de Kobayashi, 426 professeurs japonais et 24 francophones, de véritables pionniers, ont répondu présent afin de créer une nouvelle association, l’Association japonaise des professeurs de français (AJPF), qui a vu le jour à l’Institut franco-japonais de Tokyo le 11 mai 1970, dix mois après la manifestation de la FIPF à Paris.

 

Premier colloque franco-japonais en 1970

La création de l’AJPF a été célébrée dans le cadre du premier colloque franco-japonais pour l’enseignement de la langue française au Japon, tenu du 21 avril au 16 mai 1970 à l’Athénée français de Tokyo. Ce premier colloque franco-japonais, constitué de neuf soirées, représente un tournant décisif avec treize interventions portant en majorité sur la méthodologie du français, animées par huit Français et cinq Japonais (Cortès 1970). Kobayashi, premier Président de l’AJPF et membre du Conseil d’administration de la FIPF (1969-1972, 1972-1975), a conclu le colloque par une réflexion rétrospective sur l’enseignement du français de la fin du XIXe siècle au temps présent, pour rappeler de manière succincte l’enjeu des débats qui ont eu lieu après la réforme éducative de 1947. Dans le système impérial avant la guerre, l’enseignement du français était presque réservé à sept lycées impériaux, avec seulement 255 élèves d’élite, la fine fleur de l’Archipel (Tanaka 2005). Ils suivaient onze cours de français de 50 minutes chaque semaine, pendant trois ans, soit plus de 900 heures passées à étudier le français.

Le curriculum était construit de façon bien équilibrée, et les lycéens apprenaient le français afin de suivre ensuite les cursus universitaires en relation avec cette langue, en particulier à la faculté des lettres et à celle de droit. Le français sur objectifs spécifiques, surtout universitaires, était en fait mis en oeuvre en faveur de la compréhension écrite, sans que ce terme apparaissent de manière explicite. En consacrant un volume horaire important à la lecture des grands textes littéraires ou philosophiques, les cours intensifs ont permis aux lycéens de vivre les valeurs humanistes et de parcourir l’Occident dans leur imagination. La défaite à la fin de la deuxième guerre mondiale a provoqué des changements considérables et le système éducatif a été entièrement modifié, y compris les lycées impériaux, qui ont été supprimés à cause de leur dimension élitiste. L’enseignement des langues a été transféré en fait à la première et la deuxième année de l’université, entièrement renouvelée suite à la loi fondamentale de l’éducation de 1947.

Le volume horaire se trouve alors extrêmement réduit dans ce nouveau régime, à raison de trois heures par semaine durant deux ans d’études. Cette transformation radicale a eu des retombées sur le curriculum des langues alors que les professeurs des nouvelles universités, ancien professeurs des lycées impériaux en majorité, ne tenaient pas à aménager la méthodologie du français en fonction du nouveau régime. Ils n’avaient que l’intention de bourrer le crâne de leurs étudiants avec la même quantité de connaissances qu’auparavant malgré un nombre d’heures beaucoup trop réduit. Kobayashi a rappelé ces problématiques lors de la clôture du premier colloque franco-japonais pour éclairer les enjeux d’un débat qui relève plus de l’ordre institutionnel que pédagogique. Il est vrai, par ailleurs, que la question pédagogique se posait beaucoup moins avec les étudiants d’élite des anciens lycées impériaux.

 

De l’AJPF à la SJDF

Une des principales actions de l’AJPF a été la mise en place du Diplôme d’aptitude pratique au français (le DAPF) en 1981. Il s’agit d’un diplôme national de français, créé quatre ans avant le DELF/DALF, et cela à l’initiative de l’état-major de l’AJPF. En effet, il existe au Japon une culture nationale des diplômes et des certifications pour les langues étrangères, comme en témoigne l’existence d’un diplôme pour l’anglais mis en place dès 1963 et reconnu officiellement par le Ministère japonais de l’éducation en 1968. Le diplôme pour le français a suivi celui de l’anglais, et d’autres langues en ont fait de même à leur tour. La mise en place du diplôme national du français a exigé des efforts considérables, d’autant plus que le diplôme de l’anglais était presque le seul élément de comparaison avant l’arrivée du DELF/DALF au Japon, en 1991. D’où une coexistence parfois difficile, sinon une rivalité déclarée, entre les examens du DAPF et ceux du DELF/DALF ; le premier relève d’une culture éducative propre au Japon, alors que le DELF/DALF résulte directement de la politique linguistique de la France, voire de la politique linguistique européenne, dans le sens où ces diplômes ont adopté le calibrage prescrit par le CECR.

La création du DAPF par la direction de l’AJPF a permis sans doute de renforcer leur statut d’autorité dans le milieu universitaire, dans la mesure où les décideurs et les concepteurs du diplôme ont le droit de dominer, sur le plan symbolique du moins, les étudiants aussi bien que les professeurs de langue, et ce par le fait même de pouvoir décerner (ou non) ce diplôme. À côté l’AJPF et de la mise en oeuvre du DAPF, d’autres mouvements associatifs se sont formés dans la région du Kansai ; soucieux de la qualité de l’enseignement du français en classe de langue, Nakamura Keisuke (1940 – ), professeur à l’université Ottemon, a monté un cercle pédagogique en 1983, et cela uniquement de son propre initiative. L’objectif de ces réunions était de débattre des méthodes utilisées, à un moment où Nakamura mettait en cause vivement celles de ses collègues en raison d’une approche trop centrée sur la grammaire-traduction, et l’apparition de l’approche communicative au début des années 1980 a fort alimenté le débat. L’expérience de ces discussions franches et ouvertes a influencé certains de ses collègues, qui ont fini par former en 1987 des groupes similaires, l’un à Osaka et l’autre à Tokyo, avec le soutien de l’attaché linguistique de l’Ambassade de France. Le groupe d’Osaka a nommé ce dispositif les Rencontres pédagogiques de Kansai (RPK), et celui de Tokyo la Journée pédagogique (JP). Si ces deux groupes, dont les membres sont en majorité des universitaires fortement engagés en faveur de l’amélioration de l’enseignement du français en classe de langue, emploient l’adjectif « pédagogique », c’est dans l’intention de contrebalancer les actions qu’ils jugeaient moins dynamiques de l’AJPF à l’époque, qui, en qualité de dépositaire du diplôme national, s’intéressait beaucoup moins à la pédagogie du français. Ces deux groupes, d’Osaka et de Tokyo, organisent une fois par an une formation sous forme d’ateliers, ce qui permet d’avoir des échanges plus spontanés et sincères entre les participants.

La JP est organisée jusqu’à maintenant sous la tutelle de l’Université Dokkyo, sans disposer d’une structure hiérarchique avec une présidence. Quant aux RPK, il s’agit d’un organisme entièrement bénévole qui prépare sa manifestation annuelle avec un secrétaire général et son équipe. Ces deux organisations partagent une certaine manière d’être dans la mesure où la manifestation se déroule sous forme d’ateliers et qu’ils n’ont pas de hiérarchie organique. Ces deux caractéristiques faisaient défaut à l’AJPF, moins sensible aux pratiques et aux valeurs de l’enseignement du français sur le terrain. Un troisième élément est apparu dans ce champ déjà rempli de frictions. Avec le soutien du Service culturel de l’Ambassade de France, l’AJPF et l’Institut franco-japonais de Tokyo ont organisé en 1989 un séminaire de didactique du FLE à Tokyo, avec des formateurs français et japonais, et les anciens stagiaires ainsi que les formateurs japonais ont alors mis en place, en février 1990, une Association des didacticiens japonais dont le nom officiel en japonais est Pedagogie o kangaeru kai (Réunion pour la réflexion sur la pédagogie). Ce cercle de pédagogues s’inscrit également dans la lignée de ses deux prédécesseurs, RPK et JP, en ce sens qu’il souhaite travailler de manière plus informelle et sincère sur des questions pédagogiques. Ce qui suppose que ces trois organismes dites informels s’opposent de manière plus ou moins directe à la direction de l’AJPF. À la différence de l’AJPF qui a été fondé en vue de l’adhésion à la FIPF dans un esprit de coopération internationale, ces trois groupes s’intéressent beaucoup moins à l’engagement à la communauté internationale et la raison en est plus didactique que politique. L’enseignement/apprentissage des langues s’est développé sur un modèle « natif », et ce présupposé n’est jamais négligeable dans le domaine du FLE, si l’on tient compte du fait que la langue française est alimentée de valeurs symboliques et trouve sa légitimité dans le langage des Français.

L’importation de la méthodologie des langues étrangères s’impose également pour préserver la suprématie de savoirs d’origine occidentale. Dans ce contexte de domination culturelle et intellectuelle, il a fallu sans doute prendre de la distance, pour permettre une meilleure contextualisation de l’enseignement du français dans la société japonaise, par rapport à la méthodologie du français inventée, sinon prescrite, par les Français, et ne pas considérer les pratiques pédagogiques des Français comme le modèle par excellence. Des praticiens japonais novateurs dans les années 1980 gardaient, sans l’exprimer de manière claire et nette, un certain « esprit de clocher », en réfléchissant de façon plus pertinente sur la contextualisation de l’enseignement/apprentissage du français. En d’autres termes, la coopération internationale moins active de ces acteurs dynamiques représente de façon paradoxale une démarche engagée vers l’autonomie de l’enseignement du français au Japon. En parallèle, l’AJPF de l’époque avait l’objectif, qui risquait de tourner à l’obsession, d’organiser le IXe congrès mondial de la FIPF à Tokyo, malgré un contexte moins favorable pour l’enseignement du français au Japon. Les raisons pour justifier l’organisation du congrès mondial à Tokyo me semblent assez complexes. D’abord le premier Président de l’AJPF, Kobayashi, souhaitait la réalisation du congrès mondial au Japon dès le début de la création de l’association. Il s’agissait finalement d’une sorte de rêve impossible : l’organisation du congrès mondial à Tokyo représentait sans doute dans son esprit une forme de reconnaissance officielle du pays, encore héritier de son statut de vaincu de la deuxième guerre mondiale dans la communauté internationale.

En plus de la détermination du fondateur, l’organisation du congrès mondial des germanistes en 1990 ainsi que de celui de littérature comparée en 1991 ont alimenté l’ambition d’un projet de même taille chez les francisants. Malgré la prise de position de l’état-major en faveur du congrès mondial, l’AJPF restait divisée sur ce dossier, avec un certain nombre de dissidents qui s’intéressaient plus à l’enseignement du français en classe de langue. Ils s’inquiétaient également de l’aspect financier de l’opération, qui semblait extrêmement coûteuse surtout après l’éclatement de la bulle économique en 1991. En raison de l’opposition de ces membres militants au congrès mondial, des membres moins impliqués dans la pédagogie du français ont été sollicités pour mettre en place l’organisation du congrès. L’AJPF est constituée dès l’origine de professeurs de français, japonais et français au Japon qui ne sont pas cependant tous des didacticiens au sens strict du terme.

Tous les membres pratiquent certes l’enseignement du français dans les universités aussi bien que dans les lycées, en se considérant pour la plupart comme des spécialistes de littérature ou de linguistique françaises. L’ambiguïté subsiste d’ailleurs dans la terminologie japonaise, qui ne fait pas toujours la distinction entre l’enseignement, la pédagogie et la didactique. Le terme « didactique » évoque l’aspect plus scientifique de la discipline alors que la pédagogie peut mettre en avant « le sens de manière d’enseigner », en se confondant « avec méthode, méthodologie ou technique (…) puisque pédagogie peut parfois se comprendre aussi dans ces sens-là » 1. Le terme « didactique du français » est entré dans la vie associative au Japon au début des années 90 à peine, de sorte que les militants de l’enseignement du français, les dissidents opposés au congrès mondial, se réclamaient avant tout du terme de « pédagogie » pour présenter leurs travaux. Il a fallu attendre une conférence d’Henri Besse au congrès de printemps de la SJDF en 1997, intitulée « D’une linguistique trop appliquée à une didactique des langues trop éclatée » (Besse 1997), pour une meilleure justification et emploi de ces appellations souvent mal contrôlées. Si les professeurs de français adhéraient à l’AJPF, ce n’est pas parce qu’ils s’intéressaient à la pédagogie du français au sens où l’on entendait ce terme à l’époque, mais qu’ils pratiquaient comme les autres l’enseignement du français. L’association ne fonctionnait pas, dans ce cas-là, comme un corps professionnel de la didactique du français, mais comme une amicale regroupant les acteurs de terrain sans s’interroger au fond sur leur identité professionnelle. L’organisation du congrès mondial par les non-spécialistes de la didactique du français s’explique ainsi, non pas par l’absence de spécialistes, mais par la tension entre les membres aussi bien que par la configuration assez ambiguë de l’enseignement et la pédagogie du français à l’époque.

 

Stage et convention

Un stage de mars est mis en place chaque année au mois de mars à l’Institut français du Japon Tokyo, dans le cadre d’une convention tripartite entre l’Ambassade de France/ la SJLLF/ et la SJDF. Son objectif est de former en FLE les jeunes professeurs japonais de français des universités ou des lycées.

Stage à la suite duquel, les stagiaires volontaires sont envoyés, sur financement de l’Ambassade de France, en formation complémentaire l’été suivant sur de deux semaines au CLA de Besançon ou peuvent choisir de s’inscrire au DUFLE (formation diplomante sur un an) organisé par l’Institut français de Tokyo en partenaire avec l’Université du Maine.

La participation des membres de la SJDF concernant l’organisation de ces stages permet donc de promouvoir la formation des enseignants de français à une échelle internationale ainsi que les échanges sur le terrain entre professeurs natifs et non-natifs.

 

Essor vers la communauté internationale

Le congrès mondial à Tokyo a eu lieu en août 1996, avec 987 professeurs du français du monde entier, dont 353 professeurs du Japon. Si un des objectifs majeurs de l’association était l’invitation d’un congrès mondial, objectif accompli, la mission dans son entier ne s’est pas achevée de manière harmonieuse, et cela surtout lorsque le moment est venu de liquider le compte largement excédentaire grâce aux efforts des membres du comité d’organisation qui ont parcouru la capitale à la recherche de subventions et de dons. Le traitement du compte a en fait exigé encore de nombreuses années. L’AJPF a changé son nom en français pour celui de Société japonaise de didactique du français (SJDF) en 1996, ainsi que ses statuts, de nature à ce que l’association puisse travailler de façon plus active dans le domaine de la didactique du français. Les modifications touchent surtout à l’élection du président et des membres du conseil d’administration, qui était moins transparente et moins démocratique auparavant. Malgré des discordances durant son organisation, le congrès mondial a eu aussi des répercussion très positives : encouragés par l’usage du français comme langue de travail, les membres se sont plus familiarisés à l’organisation de ce type de congrès en français.

Le système du bilinguisme au sein de l’association avance doucement grâce à l’expérience du congrès, alors que deux autres sociétés, des littéraires et des linguistes, continuent à travailler uniquement en japonais, y compris pour les communication dans les congrès. L’échange international étant un des atouts majeurs de la SJDF, l’invitation de chercheurs français et francophones a été organisée de manière régulière grâce aux subventions de l’Ambassade de France. Jusqu’au début de l’an 2000, les conférenciers jouaient un rôle d’exportateurs de produits français, du fait même que leurs auditeurs du Japon se comportaient comme les consommateurs d’un produit appelé français langue étrangère. Le rapport entre les spécialistes occidentaux et les Japonais était plutôt à l’époque vertical qu’horizontal, maître et élève en quelque sorte. Une forme de coopération plus horizontale se produit petit à petit, et cela surtout après la suppression du budget d’invitation pour les missionnaires culturels en 2009. La SJDF a donc pris entièrement à son compte la responsabilité de recruter les conférenciers en fonction de ses intérêts. Si le congrès mondial n’a pas été organisé à l’unanimité des membres, beaucoup d’entre eux ont commencé à s’engager de manière plus dynamique dans les manifestations de la FIPF : le congrès de Paris en 2000 a rassemblé plus de 50 professeurs du Japon, de même que celui d’Atlanta en 2004, ou celui de Québec en 2008, ou encore celui de Durban en 2012. Ils y participent de manière assez régulière.

De plus, le congrès régional de la Commission d’Asie-Pacifique (CAP) de la FIPF, initié par les Taïwanais en 2006, suivi par les Australiens en 2010 et les Indiens en 2013, attire également l’attention des membres, et l’édition 2017 aura lieu à Kyoto. La participation des membres aux colloques à l’étranger est en progression, et des colloques en didactiques des langues sont organisés régulièrement par nos soins, ce qui fait que la visibilité des membres sur la scène internationale et leurs contacts avec des chercheurs étrangers se développent d’année en année. La coopération internationale de la SJDF se déploie aussi dans la vie associative de la FIPF ; des postes de membres du Conseil d’administration, de Vice-Président, de Président du CAP ont été respectivement pris en charge par des membres de la SJDF, de façon à témoigner de notre engagement dans la communauté internationale. Il ne faut pas oublier non plus que la contribution scientifique et intellectuelle sur la scène internationale est également mise au service d’une revue comme Recherches et applications, l’organe scientifique de la FIPF. Un autre apport essentiel de la coopération internationale est en cours de développement dans la région de l’Asie du Nord-Est. En 2013, la SJDF a co-organisé un congrès d’automne avec son homologue coréen, la Société coréenne de l’enseignement de langue et de littérature françaises (SCELLF). Encouragée par la réussite de ce congrès nippo-coréen, à Séoul, cette opération est renouvelée tous les deux ans, et la version de 2015 prévoit la venue d’homologues taïwanais, Association taïwanaise de professeurs de français (ATPF).

La société de ces trois pays est jusqu’ici très peu marquée par la présence française, surtout en matière de politique et d’économie, tandis que ces pays partagent de façon insoluble culture et traditions. La langue française n’a certes jamais joui d’un statut de langue seconde dans ces sociétés, tout en demeurant une langue étrangère. D’où le fait qu’elle se présente comme une langue tierce lors des discussions entre Japonais et Coréens dont les relations peuvent être délicates en fonction de l’actualité du moment. Il n’est pas toujours évident pour les professeurs japonais et coréens de français d’entrer en discussion en français, puisqu’ils ont commencé à apprendre la langue de Molière pour la communication avec des Français, dans un intérêt pour la France et la francophonie. La communication en français avec les voisins d’Asie était initialement en dehors de leurs intérêts. Il s’agit cependant d’un développement et d’un approfondissement de la mondialisation qui permet à la SJDF d’élargir ses horizons non seulement vers les pays francophones, mais aussi vers les pays non francophones. Si la configuration du monde francophone était représentée jusqu’ici comme un triple cercle, du français langue maternelle au français langue étrangère, en passant par le français langue seconde, la décentration, et à plus forte raison le phénomène de déconstruction autour du français à notre époque, peut conduire à la communication en français dans une zone non francophone. Langue de la République, le français se transforme de facto en langue en partage dans le monde.

 

Diffusion de la didactique contextualisée dans le monde

De 1972 à 2005, l’AJPF a publié une revue annuelle intitulée Enseignement du français au Japon, et elle publiait des comptes rendus d’expérience pédagogique, sans s’intéresser au fond à la didactique du FLE. Le système d’évaluation était à l’époque moins transparent, de sorte que la valeur de la revue était moindre par rapport à celle de la revue des littéraires et des linguistiques. Il s’agit donc d’une sorte de cercle vicieux qui se produit autour d’un appareil scientifique moins bien coté, et le champ du FLE avait du mal à se développer dans la communauté scientifique. La réforme universitaire japonaise, renforcée à partir de 2005 par la mise en place et l’action de l’Agence indépendante de l’université nationale, a eu pour effet d’accentuer la pression sur les universitaires en termes d’évaluation des travaux scientifiques. Ils sont tous incités à publier leurs travaux dans les revues plus cotées et internationales puisque la meilleure publication est renvoyée à sa propre évaluation aussi bien qu’à celle de l’université. Des mesures de réforme éditoriale ont été prises par conséquent pour que ces travaux soient mieux valorisés, et cela surtout à partir de 2003 où le Ministère japonais de l’éducation et de la recherche a accordé une subvention à la revue de la SJDF.

En 2005, cette revue est entièrement renouvelée pour devenir la Revue japonaise didactique du français. La nouvelle formule est constituée de deux volumes, Études didactiques et Études françaises et francophones. La présentation en deux volumes de la revue résulte en fait de la réforme universitaire : l’enseignement des langues étrangères a tendance à être de plus en plus négligé dans les curricula, par rapport aux cours magistraux sur les cultures étrangères, de sorte que les professeurs de français sont obligés de rédiger des travaux non pas centrés sur l’enseignement du français, mais aussi sur l’étude de la culture française et des cultures francophones, pour mieux répondre à la demande du marché. Le système d’évaluation était également un enjeu de la réforme pour la recherche d’une meilleure visibilité sur le plan international. Avec la nouvelle formule, l’évaluation des articles en français est à la charge d’experts internationaux de onze pays alors que le texte en japonais est évalué toujours sous la direction de conseillers scientifiques japonais. La revue de la SJDF bénéficie également d’une subvention annuelle de l’Ambassade de France.

L’aménagement du système d’évaluation est favorablement perçu par les membres de la SJDF, compte tenu du nombre d’articles proposés et leur qualité. La revue de la SJDF permet aussi d’encourager les échanges internationaux avec les collègues de la CAP, en partie parce que certaines associations, ne disposent pas toujours d’un organe scientifique aussi bien élaboré en la matière. Le résultat n’en est pas moins important : des collègues de Taïwan, de la Chine, de la Corée, de l’Indonésie et du Vietnam ont apporté tour à tour leur contribution, au point de consacrer la revue comme un pôle de recherches dans la zone. La coopération bilatérale se développe plus particulièrement avec la Corée sous la forme d’un échange d’article avec la revue Synergie Corée, un des meilleurs articles de chaque revue étant publié par l’autre.

 

Bibliographie

  • Pierre Alexandre, 1983, « Fédération internationale des professeurs de français et Centre international d’études pédagogiques : un examen de bon ménage », Mélanges offerts à Jean Auba, directeur du C.I.E.P. par ses collègues et ses amis, Les Amis de Sèvres.
  • Charles Bally, (2004 [1931]), La Crise du français : Notre langue maternelle à l’école, Coordination éditoriale de Jean-Paul Bronckard, Jean-Louis Chiss, Christian Puech, Genève : Droz.
  • Henri Besse, (1997), « D’une linguistique trop appliquée à une didactique des langues trop éclatée », L’enseignement du français au Japon, n. 26.
  • Jacques Cortès, (éd.) (1970), « L’enseignement du français au Japon », Actes du Premier Colloque franco-japonais pour l’enseignement de la langue française au Japon, publiés avec le concours de l’Ambassade de France, la Société japonaise de Langue et Littérature française, l’Association japonaise des professeurs de français, l’Athénée français de Tokyo, l’Institut franco-japonais de Tokyo et le National Institute for Educational Resarch (NIER).
  • Jean-Pierre Cuq, [sous la direction de] (2003), Dictionnaire de didactique du français langue étrangère et seconde, Paris : CLÉ International.
  • DISSON A., 1998, Pour une approche communicative de l’enseignement du français au Japon, Éditions de l’université d’Osaka.
  • KATO, H. (1998), « Grand jeu », Fête du français, actes du IXe congrès de la FIPF, Tokyo : Asahi shuppan. (en japonais)
  • TAJIMA, H. 2002, « L’évolution de l’enseignement du français au Japon après la 2e Guerre mondiale », Enseignement du français au Japon, n° 31. (en japonais)
  • TANAKA, S. (2005), Histoire de l’enseignement du français dans les lycées impériaux, Maison commémorative de lycées impériaux. (en japonais)
  • (ja) TANAKA, S., Histoire de l’enseignement du français dans les lycées impériaux.
  • (ja) TAJIMA, H., L’évolution de l’enseignement du français au Japon après la 2e Guerre mondiale

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Allocution du président de la SJDF à la Journée pédagogique 2015

 

En ma qualité de président de la SJDF, je suis très honoré de porter un toast à la Journée pédagogique de Dokkyo. La SJDF a organisé, il y a deux semaines, un congrès international conjoint avec nos homologues coréens et taïwanais, et quelques-uns d’entre vous ont vécu ces trois jours dans un espace francophone contruit par nos amis asiatiques, qui viennent de Chine, de Mongolie, du Vietnam, de Thaïlande, de Singapour, d’Inde, mais aussi de Belgique, d’Italie, de France et même du Maroc.

La conjoncture autour du français n’est pas des plus favorables dans l’Archipel mais un regard porté sur la communauté internationale nous permet d’apercevoir d’autres paysages linguistiques qui nous redonnent des raisons d’espérer. La Chine, en particulier, voit constamment augmenter le nombre de ses apprenants de français pour lesquels s’ouvre la perspective du grand marché francophone du continent africain, pour ne citer qu’un exemple.

J’estime que l’engagement stratégique dans la communauté internationale constitue une des conditions pour notre survie professionnelle ou disciplinaire, et cet engagement a été en quelque sorte validé cette année par l’obtention du parrainage de l’Agence Universitaire de la Francophonie pour la revue de la SJDF. L’université nationale de Taïwan, de son côté, a inscrit notre revue dans la première catégorie de son classement des revues scientifiques (A level dans la version anglaise), ce qui nous encourage, bien entendu, à poursuivre cette politique d’internationalisation.

Pour toutes ces raisons, je tenais à dire (et à redire) que la SJDF n’est en aucune façon un cercle fermé de savants, mais qu’elle est là avant tout pour présenter (et représenter) l’enseignement vivant du français, au Japon et partout ailleurs, enseignement qui est le coeur de nos actions. Elle se veut le réseau des acteurs qui travaillent de près ou de loin pour la cause de l’enseignement du français, et cela en vue d’améliorer la méthodologie de cet enseignement. A cet égard, notre raison d’être rejoint celle de la Journée pédagogique, et je me réjouis, avec vous, du grand succès de cette journée.

NISHIYAMA Noriyuki,
président de la Société Japonaise de didactique du français (SJDF)

 

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